Les chaises iconiques du design du XXe siècle forment un panthéon qui raconte autant l’histoire du mobilier que celle de l’architecture. Du Bauhaus aux recherches ergonomiques scandinaves, en passant par le plastique californien et le high-tech italien, chaque modèle devenu emblématique reflète les innovations techniques et les aspirations esthétiques d’une époque. Dans ce panorama, nous avons sélectionné quinze chaises qui ont durablement influencé la discipline et que nous retrouvons aujourd’hui dans les intérieurs contemporains les plus exigeants, dans l’esprit de notre guide sur les 10 éditeurs de mobilier design français.

Les chaises iconiques nées avec le mouvement moderne (1920-1940)
Les années 1920-1940 constituent le berceau du design moderne, porté par le Bauhaus allemand puis par ses ramifications internationales. Les matériaux industriels (acier tubulaire, cuir, contreplaqué moulé) remplacent le bois massif traditionnel, et la rupture esthétique marque une nouvelle vision de la fonction et de la beauté.
La Wassily chair de Marcel Breuer (1925)
Premier chef-d’œuvre à exploiter l’acier tubulaire cintré, la Wassily chair (nommée d’après son admirateur Wassily Kandinsky, collègue de Breuer au Bauhaus) marque une rupture totale avec la chaise bourgeoise du XIXe. Les sangles de cuir tendues sur l’ossature métallique suggèrent la fonction sans la cacher. Éditée encore aujourd’hui par Knoll, elle reste l’archétype du mobilier Bauhaus.
La LC4 de Le Corbusier, Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand (1928)
La fameuse chaise longue « basculante » LC4 (Cassina éditeur) synthétise les recherches ergonomiques des trois maîtres. Sa géométrie épouse la courbe naturelle du corps au repos, et son plan inclinable permet d’ajuster l’angle de détente. La structure en acier noir et le revêtement en peau de poney (ou cuir) ancrent le modèle dans une modernité assumée.
La Barcelona chair de Mies van der Rohe (1929)
Dessinée pour le pavillon allemand de l’Exposition universelle de Barcelone, cette chaise incarne l’élégance minimaliste du moderne. Ses deux pieds croisés en acier chromé et ses coussins en cuir capitonné répondent à une géométrie rigoureuse. Toujours éditée par Knoll, c’est l’un des modèles les plus reproduits au monde, officiellement et clandestinement.

L’âge d’or scandinave et californien (1945-1965)
L’après-guerre voit émerger deux foyers majeurs du design : la Scandinavie, qui développe un vocabulaire chaleureux et démocratique, et la Californie des Eames, qui explore l’innovation matérielle avec une rigueur scientifique.
L’Eames Lounge Chair de Charles et Ray Eames (1956)
Pièce de confort absolu plus que chaise fonctionnelle, la Eames Lounge Chair combine trois coques en contreplaqué de palissandre moulé, un rembourrage en cuir noir et une base en aluminium. Dessinée pour offrir « la chaleur d’un vieux gant de baseball », elle est devenue le symbole du salon moderne de luxe. Éditée par Herman Miller (États-Unis) et Vitra (Europe).
La DSW / DSR Chair des Eames (1948)
Les Eames DSW (Dining Side Wood) et DSR (Dining Side Rod) ont démocratisé l’assise coque en plastique injecté posée sur des pieds bois ou fils métallique. Dessinées pour le MoMA Competition « Low-Cost Furniture Design », elles sont devenues l’une des chaises les plus répandues au monde. Disponibles en 14 coloris Herman Miller, elles équipent aujourd’hui des dizaines de millions de foyers.
La Série 7 d’Arne Jacobsen (1955)
Chaise empilable en contreplaqué moulé et acier chromé, la Series 7 (Fritz Hansen) est la chaise de design la plus vendue au monde avec plus de 7 millions d’exemplaires. Simple, légère, disponible en multiples finitions (frêne, hêtre, laqué), elle incarne la promesse du design scandinave : élégance, fonctionnalité, prix accessible.
L’Egg Chair et la Swan Chair d’Arne Jacobsen (1958)
Dessinées pour l’hôtel SAS Royal Copenhague (chef-d’œuvre architectural de Jacobsen), ces deux fauteuils sculpturaux utilisent la mousse polyuréthane pour obtenir des formes organiques auparavant impossibles. L’Œuf enveloppe son occupant dans une bulle d’intimité ; le Cygne ouvre ses ailes comme un salon hôtelier. Les deux restent des icônes encore produites par Fritz Hansen.

Les audaces pop et high-tech (1965-2000)
Les décennies suivantes explorent de nouvelles énergies esthétiques : pop italien, radicalisme conceptuel, retour à l’artisanat via Memphis, minimalisme japonais. Chaque vague produit ses icônes, qui trouvent aujourd’hui une place dans les intérieurs les plus sophistiqués conçus par les architecte d’intérieur : tarifs.
La Panton Chair de Verner Panton (1967)
Première chaise monobloc entièrement en plastique, la Panton chair est l’incarnation du pop futuriste. Sa forme cantilever en S, ses couleurs vives d’origine (rouge, blanc, orange) et son matériau unique en font un manifeste technologique autant qu’esthétique. Éditée par Vitra.
La Chair One de Konstantin Grcic (2004)
Construite en aluminium moulé façon maille tridimensionnelle, la Chair One (Magis) incarne la recherche contemporaine sur la minimisation de matière. Son aspect graphique, presque squelettique, montre comment le XXe siècle a ouvert la voie à un design computationnel où la structure devient ornement.
Les autres références incontournables
Complètent notre sélection : la Tulip d’Eero Saarinen (1957, Knoll), dont le pied unique inaugure l’architecture mobilière organique ; la Ghost d’Philippe Starck (2002, Kartell), polycarbonate transparent qui revisite le style Louis XV ; la Wishbone de Hans Wegner (1949, Carl Hansen), papier cordé et bois tourné ; la Vermelha de Campana Brothers (1998, Edra), cordes enroulées en sculpture ; et la Louis Ghost Chair (2002) qui popularise le transparent chez les designers contemporains. Ces icônes trouvent leur place dans les projets d’architecture contemporaine française les plus exigeants.
Questions fréquentes
Comment reconnaître une authentique chaise iconique d’une copie ?
L’authenticité repose sur trois critères : le marquage de l’éditeur (gravure, étiquette cousue, plaque), les matériaux et finitions respectant les spécifications d’origine, et le certificat d’authenticité fourni à l’achat. Les pièces authentiques se vendent à des prix 3 à 10 fois supérieurs aux copies (Eames Lounge Chair authentique : environ 7 000 € ; copie : 600 à 1 200 €). Attention : les copies vendues sans mention « inspiré de » sont légalement contrefaisantes en France.
Faut-il mélanger plusieurs chaises design ou choisir une seule série ?
Les architectes d’intérieur recommandent généralement l’éclectisme raisonné : associer deux ou trois pièces iconiques de périodes différentes crée plus d’émotion qu’une uniformité. L’important est de maintenir une cohérence chromatique (palette de 3 à 5 teintes) et de matériaux. Un seul modèle répété autour d’une grande table (série 7, DSW) produit au contraire un effet graphique très contemporain.
Les chaises iconiques sont-elles un bon investissement ?
Les éditions originales des années 1950-1970 (premières séries Eames, Jacobsen, Le Corbusier) prennent de la valeur au fil des décennies : environ 5 à 8 % par an en moyenne sur 30 ans, hors inflation. Les rééditions contemporaines chez les éditeurs officiels gardent leur valeur mais ne s’apprécient pas. L’investissement se justifie surtout pour l’usage quotidien d’objets réellement iconiques.
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