Entrée en vigueur le 1er janvier 2022, la Réglementation Environnementale 2020 a renforcé ses seuils au 1er janvier 2025 et annonce un nouveau durcissement au 1er janvier 2028. Pour les permis déposés en 2026, les exigences Ic construction et Ic énergie sont sensiblement plus strictes. Cet article décortique les évolutions, leurs implications sur la conception et les stratégies efficaces pour les atteindre sans exploser le budget.

Rappel des trois indicateurs
La RE2020 repose sur trois grands indicateurs. Le Bbio (Besoin bioclimatique) mesure la performance passive de l’enveloppe indépendamment des équipements : orientation, compacité, isolation, inertie. Le Cep,nr (Consommation d’énergie primaire non renouvelable) plafonne la consommation conventionnelle en kWh/m².an. L’Ic construction (Impact carbone de la construction) cumule sur 50 ans l’empreinte carbone des matériaux, du chantier, de l’eau et du bâtiment en fin de vie. L’Ic énergie ajoute l’empreinte liée à la consommation énergétique. Ces cinq indicateurs (Bbio, Cep,nr, Cep, Ic construction, Ic énergie) doivent tous respecter des seuils pour délivrer le permis.
Les seuils 2025 et 2028
Les seuils Bbio ont été renforcés de 30 % au 1er janvier 2025 : une conception plus compacte, mieux orientée et mieux isolée devient incontournable. L’Ic construction passe à un seuil plus strict : les constructions béton conventionnelles ne respectent plus le seuil pour la maison individuelle dans la majorité des zones H1. Le seuil 2028 sera encore abaissé de 15 à 20 % selon les typologies. Pour anticiper, les permis 2026 gagnent à viser les seuils 2028 afin de ne pas devenir rapidement obsolètes en cas de revente.
Confort d’été : DH et climatisation
La RE2020 introduit l’indicateur DH (degré-heure) qui quantifie le nombre d’heures d’inconfort annuelles. Deux seuils : un seuil bas (350 DH) sans pénalité et un seuil haut (1250 DH) au-delà duquel un coefficient pénalise la consommation d’énergie. Pour rester dans le seuil bas, concevoir l’inertie thermique, les protections solaires mobiles, la ventilation naturelle traversante. La climatisation active est découragée par pénalisation de la consommation. Concrètement : casquettes en façade sud, brise-soleil orientables, plancher actif réversible, puits canadien. Notre rubrique bioclimatique développe ces stratégies.
Ic construction : les leviers efficaces
Pour baisser l’Ic construction, quatre leviers classés par efficacité : 1) remplacer le béton de structure par du bois (gain 30-45 % sur le gros œuvre), 2) utiliser des biosourcés en isolation (gain 40-60 % sur l’isolation), 3) choisir des bétons bas carbone CEM III (gain 20-30 % sur le béton restant), 4) optimiser les quantités via la conception (refends droits, travées régulières, portées courtes). Les menuiseries bois ou alu bas carbone, la plomberie PER biosourcée et l’électricité câblée cuivre recyclé complètent l’arsenal. Chaque fiche FDES doit être renseignée dans le logiciel RE2020.
Impact sur le coût de construction
La RE2020 ajoute en moyenne 6 à 10 % au coût travaux d’une maison neuve par rapport à l’ancienne RT2012 : épaisseur d’isolant supérieure, menuiseries plus performantes, équipements de chauffage bas carbone (pompes à chaleur, granulés), études thermiques plus poussées. Ce surcoût initial est compensé par des charges d’exploitation plus basses (chauffage divisé par 1,5 à 2) et une meilleure valeur patrimoniale. Les aides (éco-PTZ, bonus locaux BEPOS) atténuent l’impact pour l’acquéreur.
Logiciels RE2020 agréés
Les moteurs de calcul agréés par la DHUP sont Climawin, Perrenoud U22Win, BBS Slama et Archiwizard (pour citer les plus répandus). Ils calculent Bbio, Cep, Cep,nr, DH et fournissent l’attestation PC jointe au permis. Pour l’ACV, les mêmes logiciels ou des outils dédiés (Elodie, NoovMoov, One Click LCA) sont utilisés. Chaque bureau d’études thermique a ses préférences. Notre hub comparatifs logiciels détaille leurs spécificités.
Labels volontaires complémentaires
Au-delà du minimum réglementaire, plusieurs labels valorisent les projets. BEPOS Effinergie+ certifie un bâtiment à énergie positive. Le label Bâtiment Biosourcé (niveau 1 à 3) distingue l’emploi de matériaux végétaux ou animaux. BBCA (Bâtiment Bas Carbone, Association) certifie un empreinte carbone inférieure à 90 % d’un bâtiment standard. Ces labels facilitent souvent l’accès à des prêts verts bancaires ou à des bonus communaux de constructibilité. Leur coût de certification se situe entre 3 000 et 8 000 € selon la taille du projet.
Erreurs fréquentes et points d’attention
Première erreur : attendre le DCE pour commander l’étude thermique — les arbitrages Bbio se font dès l’esquisse, pas à la fin. Deuxième : sous-évaluer les menuiseries (leurs performances influencent Bbio et confort d’été de manière significative). Troisième : oublier les ombrages urbains (immeuble mitoyen, végétation) dans les calculs de DH. Quatrième : négliger l’étanchéité à l’air qui sera testée à la réception : viser Q4 ≤ 0,6 m³/h.m² en individuel, 1,0 en collectif. Cinquième : ignorer l’obligation d’une étude de raccordement réseaux de chaleur si disponible dans la zone.
Pour conclure
Plus stricte que la RT2012 qu’elle remplace, la RE2020 impose une conception systémique où l’enveloppe, l’inertie et le choix des matériaux priment sur la seule performance des équipements. Bien maîtrisée, elle conduit à des bâtiments durablement confortables et économes. Pour approfondir : nos analyses écoconception et matériaux biosourcés.
